au service de l\'élève

ANTIGONE DE J.ANOUILH

ANTIGONE

Antigone

: une tragédie antique

1-

 

Les circonstances de la pièce

Etéocle et Polynice, frères d’Antigone et fils d’OEdipe, se disputent le trône de Thèbes qu’ils

devaient occuper à tour de rôle : Etéocle refusant de laisser la place à son frère, ce dernier va

chercher des alliés et mener une expédition contre Thèbes. Au cours d’un combat, les deux

frères s’entretuent. Créon, leur oncle, devient roi. Il publie un édit interdisant de rendre les

honneurs funèbres à Polynice, le « traître » : son coeur doit être abandonné aux oiseaux de

proie, ce qui condamne l’âme de Polynice à une errance éternelle. Quiconque enfreindra

l’édit sera condamné à mourir.

Antigone décide de désobéir et, dans la nuit, elle célèbre les rites funèbres.

a) Cherche dans un dictionnaire mythologique qui est OEdipe ; établis l’arbre

généalogique de sa famille puis précise quel fut son destin.

b) Où se situe Thèbes ?

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés.

2-

 

Lis l’extrait de la pièce de Sophocle, avant de répondre aux questions.

Dans la nuit, Antigone rend les honneurs funèbres à son frère Polynice, malgré

l’interdiction du roi, son oncle Créon. Elle est arrêtée et conduite, mains liées, par un des

gardes, devant Créon.

CRÉON,

à Antigone : - Et toi, qui regardes tes pieds, reconnais-tu ou nies-tu avoir fait

cela ?

ANTIGONE : - Je reconnais l’avoir fait, et je refuse de le nier.

CRÉON,

au garde : - Toi, va donc où tu veux, tu es libéré de lourdes responsabilités ; (Le

garde sort. À Antigone)

et toi, maintenant, dis-moi, sans t’étendre, en peu de mots : savaistu

que j’avais proclamé que c’était interdit de faire cela ?

ANTIGONE : - Oui, je le savais ; comment ne pas être au courant ? Car c’était parfaitement

clair.

CRÉON : - Et donc tu as osé transgresser ces lois ?

ANTIGONE : - Oui, parce que Zeus n’en était pas le héraut . Ce n’est pas la Justice

assise auprès des dieux d’en bas ; non, ce ne sont pas ces lois-là qu’ils ont autrefois fixées

aux hommes, et je ne croyais pas que tes interdits fussent assez lourds pour autoriser un

mortel à transgresser des lois non écrites, inébranlables : celles des dieux ! Car elles ne

sont pas d’aujourd’hui, ces lois, ni d’hier, mais elles existent depuis toujours, et personne

ne sait quand elles sont apparues. Ces lois-là, pouvais-je, moi qui n’ai jamais craint les

décisions d’un homme, les ignorer et m’exposer à la justice divine ? Que je devais mourir,

ne le savais-je pas ? - et cela, même si tu n’avais pas posé cet interdit. Mais si je meurs

avant l’heure, je le dis haut et fort, c’est un avantage : quand on vit comme moi, dans de

nombreux malheurs, comment ne pas tirer avantage de mourir ? Pour moi, supporter la

mort n’est pas une souffrance. En revanche, c’en eût été une, si j’avais toléré que le corps

d’un fils de ma propre mère restât, après sa mort, sans sépulture . De ceci, oui, j’aurais

souffert ; mais de cela, je ne souffre pas. Je te semble sans doute agir comme une folle. Or

le fou pourrait bien être qui me pense folle.

LE CORYPHÉE : - Ah, c’est bien sa fille, la fille intraitable d’un père intraitable ! Elle

n’a jamais appris à céder aux mauvais coups.

Antigone : une héroïne contre le pouvoir

CRÉON : - Mais sache que ces pensées si dures sont justement celles qui tombent le plus

vite, comme pour le fer, qui, longtemps passé au feu, cuit et recuit, se fissure et éclate

encore plus facilement. Ne voit-on pas des chevaux en colère être domptés par un tout

petit frein ? Non, il n’est pas permis à celui qui est aux mains des autres de penser ainsi.

Cette fille a déjà fait preuve d’insolence en transgressant les lois établies ; une fois le crime

commis, c’est une seconde insolence que de s’en vanter et d’en rire. Maintenant, ce n’est

plus moi l’homme, c’est elle, si elle doit s’assurer impunément un si grand triomphe ! Eh

bien, non ! même si elle est la fille de ma soeur, même si elle est plus proche de moi que

tous ceux qui se réclament ici du Zeus de notre maison , peu importe : ni elle ni sa soeur

ne devront échapper à la pire des morts. Celle-ci aussi je l’accuse d’avoir été son égale

pour ensevelir le mort.

(À ses esclaves) Appelez-la ! Je l’ai vue dans la maison tout à
 
 
 
 

l’heure, effrayée, ne se contrôlant plus. C’est comme ça : ils révèlent toujours les premiers

leur fourberie, ceux qui trament des choses malhonnêtes dans l’ombre. (Se retournant

vers Antigone) Cela ne signifie pas que j’ai moins horreur de celui qui est pris sur le fait,

lorsqu’il veut s’orner de son crime.

ANTIGONE : - Tu me tiens dans tes mains, veux-tu davantage que ma mort ?

CRÉON : - Pas du tout : avec elle, j’ai tout.

ANTIGONE : - Alors, pourquoi tarder ? Rien, dans tes propos, ne me plaît, et j’espère que

rien ne me plaira jamais. Et, pareillement, ceux que je tiens ne sont-ils pas faits pour te

déplaire ? Pouvais-je pourtant espérer plus noble gloire que d’avoir mis mon frère dans un

tombeau ? Et cet acte, tous ceux que tu vois l’applaudiraient si la peur ne leur fermait pas

la bouche. Mais c’est – entre beaucoup d’autres, l’avantage de la tyrannie : elle a le droit

de dire ou faire ce qu’elle veut.

CRÉON : - Tu es la seule à penser de la sorte, parmi ces Cadméens .

ANTIGONE : - Ils pensent comme moi mais tiennent leur langue.

CRÉON : - Mais toi, n’as-tu pas honte de te mettre à part ?

ANTIGONE : - Il n’y a rien de honteux à honorer un frère.

CRÉON : - Il était aussi ton frère, celui qui lui tint tête.

ANTIGONE : - Assurément, frère de père et de mère à la fois.

CRÉON : - Pourquoi donc ces honneurs, à son égard impies ?

ANTIGONE : - Le mort témoignera autrement.

CRÉON : - C’est pourtant le rendre l’égal d’un impie.

ANTIGONE : - L’autre n’était pas son esclave mais son frère.

CRÉON : - Il saccageait sa terre ; lui se battait pour elle.

ANTIGONE : - Hadès n’en veut pas moins qu’on respecte ses lois.

CRÉON : - Le bon d’est pas l’égal du méchant.

ANTIGONE : - Qui sait si, dans le monde d’en bas, ces actes sont purs ?

CRÉON : - L’ennemi d’autrefois, même s’il est mort, n’est jamais un ami.

ANTIGONE : - Je fais partie de ceux qui aiment, et non pas ceux qui haïssent.

CRÉON : Eh bien donc, s’il te faut aimer, aime ceux d’en bas, les morts ! Moi vivant, une

femme ne me commandera pas !

Sophocle,

Antigone

, Ve avant J.-C.

© Cned Anne Simon

La situation d’énonciation

a) Quels sont les trois personnages qui prennent la parole dans cette scène ?

b) Qui est Hadès ?

c) Quels sont les trois moments de ce passage ? Délimite-les précisément.

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés.

L’héroïsme d’Antigone

a) Observe le rythme du dialogue et notamment la longueur des répliques d’Antigone

et de Créon. En quoi peut-on dire que la jeune fille tient tête au roi ?

b) Que traduit l’échange rapide de la fin de la scène ?

c) Comment Antigone justifie-t-elle d’avoir désobéi à l’ordre prononcé par son oncle ?

Retrouve deux raisons données dans les vers 10 à 23.

d) Quel trait de caractère de Créon est clairement mis en évidence dans sa réplique des

vers 26 à 40 ?

e) Quel est le sens du mot « impunément », ligne 32, et quelle est sa classe

grammaticale ?

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés.

L’expression du pouvoir

a) Observe le type de phrases le plus fréquemment employé par chacun des

personnages. Que révèle-t-il sur leur position par rapport à l’autorité ?

b) Quelles critiques Antigone formule-t-elle à l’égard du pouvoir, des vers 43 à 48 ?

c) En quoi l’attitude de Créon lui donne-t-elle raison ?

d) Pourquoi l’arrêt de mort est-il inéluctable (inévitable) ?

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés.

C

 

Les types de phrases : rappel et entraînement

On s’aperçoit très nettement qu’au théâtre plus que dans les autres genres littéraires, les

actes de parole ont pour fonction d’agir sur leurs destinataires : l’intention est d’informer,

de questionner, de reprocher…

Or ce sont les types de phrases qui expriment clairement les actes de parole en fournissant

des indices précis de reconnaissance.

Nous te rappelons les quatre types de phrases. À toi, ensuite, de retrouver dans l’extrait de

la pièce

Antigone

que tu viens de lire un exemple des quatre types de phrases.

a)

La phrase déclarative

: Elle donne une information, énonce un fait et se termine à

l’écrit par un point : [

.

]. Parfois, elle peut aussi servir à formuler une menace, un

avertissement.

Exemple :

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

b)

La phrase interrogative

: Elle pose une question et se termine par un point

d’interrogation : [

?

]. L’interrogation est dite totale quand on peut répondre à la

question par oui ou par non. Sinon elle est partielle et porte sur un élément placé en

tête de phrase : un pronom interrogatif (qui ?, que ?...), un déterminant interrogatif

(quel ?, quelle ?...) ou un adverbe interrogatif (quand ?, pourquoi ?).

Exemple :

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

c)

La phrase injonctive (ou impérative)

: Elle donne un ordre, un conseil. Le verbe peut

être au mode impératif, subjonctif ou infinitif.

Exemple :

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

d)

La phrase exclamative

: Elle exprime une émotion forte et se termine toujours par un

point d’exclamation : [

!

]

Exemple :

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés.

Exercices de réécriture.

1-

 

2-

Réécris ce court passage en utilisant, pour les interrogatives, un niveau de langage

soutenu.

« Antigone, c’est une femme courageuse ?

- Elle peut supporter l’emprisonnement, la faim, le froid sans se plaindre…

- Elle a un corps de fer ?

- Elle a surtout une force de caractère inébranlable. »

 

Écris la phrase proposée ci-dessous avec trois ponctuations différentes.

Indique chaque fois le type de phrase employé.

« La mise à mort d’Antigone est annulée. »

A

 

Créon, l’incarnation du pouvoir

Dans les deux pièces, celle de Sophocle et celle d’Anouilh, Créon apparaît comme le

souverain qui doit créer des lois et faire en sorte qu’elles soient bien appliquées.

1-

 

2-

 

3-

 

4-

 

5-

 

6-

 

Cherche la définition du mot « pantomime ».

Dans le texte d’Anouilh, relève des marques de raillerie de Créon, à propos de la

cérémonie religieuse rendue pour les morts.

En quoi le ton des deux souverains s’oppose t-il ?

Qu’est-ce qui déclenche la colère du roi dans nos deux passages ?

Pour quelle raison le roi a-t-il fait enterrer l’un des frères, dans chacune des deux pièces ?

Quelles similitudes remarques-tu entre les deux passages, au début de l’interrogatoire

d’Antigone ? Justifie ta réponse.

B

 

Créon : tyran arbitraire ou roi sage et mesuré ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1-

 

Relève dans les propos d’Antigone les phrases qui présentent Créon comme un tyran

arbitraire abusant de son pouvoir. Chez quel auteur les trouve-t-on ?

2-

 

Quelle différence constates-tu dans les sentiments de Créon à l’égard de sa nièce, entre

les deux pièces ?

3-

 

Quels traits de caractère peut-on attribuer à Créon, dans chaque pièce ?

Appuie tes réponses sur des exemples.

Vérifie tes réponses dans le livret de corrigés.

Lis ensuite attentivement le

 

Je retiens

suivant.

La représentation du pouvoir

Du dramaturge antique, Sophocle, au dramaturge contemporain, Anouilh, la

représentation du pouvoir incarnée par Créon a évolué. Symbole du pouvoir, la fonction

de roi n’empêche pas, chez Anouilh, d’avoir des sentiments et de la sensibilité, même si

son Créon se demande « s’il ne faudra pas payer trop cher un jour et si on pourra encore

être un homme après. »

j

 

 

©



28/06/2010

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